UWB, 5G, GNSS : quelle technologie pour le centimètre ?

« Et pourquoi pas la 5G ? » La question revient dès qu’on parle de géolocalisation de précision en ville. Elle s’est faite plus pressante en août 2026, lorsque Ericsson et MediaTek ont annoncé une précision stable de 30 cm en extérieur, sur un réseau 5G commercial en service, avec un modem du commerce.

Cet article compare trois technologies sur une même grille de six critères : le GNSS, le positionnement 5G et l’UWB, celle qu’emploie e-Nails. Il ne désigne pas de gagnant. Chacune a ses terrains, et nous dirons aussi ceux où e-Nails n’est pas la bonne réponse. Quand nous n’avons pas de donnée publique comparable, la case reste vide, et le tableau le dit.

Six critères pour une même grille

Un chiffre de précision ne se compare pas seul. Il vaut pour des conditions, il suppose une infrastructure, et il engage parfois quelqu’un d’autre que l’utilisateur. La grille retient donc six critères, appliqués aux trois colonnes :

Le coût n’y figure pas. Nous n’avons pas de chiffre publiable pour les trois colonnes, et une estimation de notre part n’aurait aucune valeur pour vous.

Le GNSS, l’outil de référence tant que le ciel est ouvert

Le GNSS est l’instrument du géomètre, et il le reste. Hors d’un centre-ville dense et obstrué par des bâtiments hauts, sous un ciel dégagé, le GNSS, comme la 5G d’ailleurs, peut convenir aux usages dont la précision n’est pas centimétrique ; le RTK améliore la qualité des mesures.

La situation change entre des façades hautes et rapprochées. Là, l’écart entre position calculée et position réelle est de 50 cm au minimum, et jusqu’à plusieurs mètres dans les cas les plus dégradés ; le mécanisme en est décrit dans « Canyon urbain : pourquoi le GPS décroche en ville ». Le RTK affine un calcul qui reste satellitaire : il ne rend pas visibles les satellites qu’un immeuble cache.

Le positionnement 5G : une norme, des objectifs, une infrastructure

La norme 5G ne se limite pas à transporter des données : elle traite aussi du positionnement des terminaux. Le 3GPP, l’organisme qui élabore la norme, fixe pour cela des objectifs de précision à chaque version. La Release 16, publiée en 2020, vise moins de 3 m en intérieur et moins de 10 m en extérieur, pour 80 % des terminaux. La Release 17 vise, dans le plan horizontal, moins de 1 m pour les usages grand public et moins de 20 cm pour les usages industriels, pour 90 % des terminaux (3GPP, NR positioning).

Ces chiffres demandent deux précautions de lecture.

D’abord, ce sont des objectifs de spécification. Ils disent ce que la norme demande d’atteindre, pas ce qu’un terminal mesure dans une rue donnée. Sur un réseau public urbain, avec une densité d’antennes raisonnable, Ericsson situe l’ordre de grandeur atteignable autour de 10 m (Ericsson, 2020).

Ensuite, les sources ne s’accordent pas toutes. Certaines publications secondaires attribuent 50 cm à la Release 17, là où le 3GPP écrit 1 m. Nous nous en tenons à la source primaire.

Le sous-mètre n’est donc pas une propriété du réseau public. Il suppose une infrastructure au sol dédiée, comme le sont les ancres d’e-Nails. En France, une telle infrastructure relève d’un réseau 5G privé : l’Arcep a ouvert aux entreprises la bande 3,8-4,0 GHz, étendue à 4,0-4,2 GHz le 11 juillet 2025, au stade du guichet d’expérimentation.

Dès qu’on cherche le sous-mètre en ville, la comparaison utile n’oppose donc plus un réseau déjà là à un dispositif à poser. Elle oppose deux infrastructures à déployer, et se joue sur le coût, la maturité et la dépendance à un tiers.

« La 5G donne 30 cm » : que dit vraiment cette annonce ?

L’annonce d’août 2026 est une avancée réelle, et elle concerne directement les géomètres. Mais ce n’est pas la radio 5G qui mesure la position : ce sont toujours les satellites. Le réseau 5G sert à diffuser les corrections RTK à tous les terminaux d’une cellule à la fois, sans matériel propriétaire.

Le GNSS RTK devient donc plus simple d’accès, ce qui est une bonne nouvelle pour les relevés à ciel ouvert. Pour la même raison, l’annonce ne répond pas au canyon urbain : le calcul reste satellitaire, il suppose des satellites visibles, et une correction, même parfaitement diffusée, ne fait pas réapparaître un satellite masqué.

L’UWB, ou des repères à hauteur de rue

L’UWB, pour Ultra Wide Band, est une technologie radio normalisée qui mesure des distances à partir du temps de vol d’impulsions très brèves. Elle sert déjà au quotidien et dans l’industrie : clé de voiture sans contact, suivi d’équipements, localisation d’objets, comme le rappelle une synthèse publiée dans La Revue 3EI en 2025 (R. Saroui et A. Juton, « Localisation en intérieur avec Ultra Wide Band »).

e-Nails l’emploie dans la rue. Des ancres y sont installées, un tag en déduit sa position par trilatération, d’après ses distances aux ancres, et la précision annoncée est inférieure à 10 cm en X et en Y. À ce jour, e-Nails ne revendique aucune performance sur l’axe Z. La bande utilisée est 6 à 8,5 GHz. Les émissions sont intermittentes, uniquement sur sollicitation de l’utilisateur, avec arrêt automatique hors sollicitation. Le fonctionnement complet est décrit dans « Précision centimétrique par UWB : comment fonctionne e-Nails ».

Ses limites tiennent en quatre points, et nous les énonçons aussi nettement que celles des deux autres colonnes. La mesure se dégrade près de structures en acier et de véhicules imposants. Elle ne vaut que dans la zone couverte par les ancres. Une installation fixe passe par une étude du site avant la pose. Enfin, le dispositif dépend lui-même du GNSS ou du tachéomètre pour le relevé de ses premières ancres, comme l’explique « Détecter et géoréférencer : e-Nails et le géoréférencement ».

La grille, case par case

CritèreGNSSPositionnement 5GUWB (e-Nails)
Précision annoncéeDe l’ordre du centimètre en RTK, ciel dégagé.Objectifs 3GPP. Release 16 : moins de 3 m en intérieur, moins de 10 m en extérieur (80 % des terminaux). Release 17, en horizontal : moins de 1 m grand public, moins de 20 cm industriel (90 %)Inférieure à 10 cm en X et en Y ; aucune performance revendiquée sur l’axe Z
Conditions d’obtentionDes satellites visibles. En canyon urbain : de 50 cm au minimum, et jusqu’à plusieurs mètres dans les cas les plus dégradésObjectifs de spécification, pas résultats de terrain. Sur réseau public urbain : de l’ordre de 10 mDans la zone couverte par les ancres ; sensible à l’acier et aux véhicules de fort volume
Infrastructure à déployerAucune côté utilisateur ; le RTK s’appuie sur une station de référence ou un réseau de corrections.Réseau d’opérateur. Pour le sous-mètre : une infrastructure dédiée, au solDes ancres, tous les 60 à 80 m (estimation), dont quatre relevées à la pose
Dépendance à un tiersConstellations de satellites ; service de corrections pour le RTK.Opérateur du réseau, ou réseau privéRelevé initial des ancres, au GNSS ou au tachéomètre
Conditions de mise en œuvreUn récepteur.Pas de donnée publique comparableVersion nomade : six ancres posées en moins d’une heure. Version fixe : étude de terrain préalable
MaturitéOutil de référence des géomètresPositionnement normalisé depuis la Release 16 (2020) ; le sous-mètre relève d’infrastructures dédiéesPilote urbain à Chaville, mis en route en juin 2025 ; sites d’essai de Natran ; version nomade en version 1

La case vide n’est pas un oubli : nous n’avons pas trouvé de source publique décrivant la mise en œuvre d’un positionnement 5G sous-métrique dans des termes comparables aux deux autres colonnes. Pour la colonne UWB, la mise en œuvre sur un chantier est détaillée dans « Réseaux enterrés : e-Nails sur le chantier, en pratique », et la tenue des positions dans le temps dans « Géoréférencement des réseaux enterrés : la donnée qui dure ».

Les autres familles de solutions

Le trio du titre ne fait pas le tour de la question. D’autres familles de solutions existent pour localiser en ville. Elles ne figurent pas dans la grille, faute de données publiques comparables, et aucune n’est universelle.

Quelle technologie pour quelle situation ?

Plutôt qu’un classement, trois situations.

Dans chacun de ces cas, le bon outil est celui qui répond à la situation, pas celui qui affiche le meilleur chiffre.

Hors de ces trois situations

Votre cas ne rentre dans aucune des trois cases ? Décrivez-le-nous : nous vous dirons franchement si e-Nails y répond.

→ Nous décrire votre cas

L’équipe e-Nails, NaTran R&I

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